Pourquoi est-ce si difficile de donner le crédit et de citer ses sources?

Publication originale : 2017

Voilà que je m’aventure sur un terrain glissant en sachant pertinemment que ce que je m’apprête à aborder comme sujet est plutôt sensible, en particulier dans le milieu des médias numériques québécois. Sachez que pour plusieurs producteurs de contenu Web, en particulier au sein d’entreprises indépendantes, donner le crédit à qui il revient et citer ses sources est une valeur incontournable qui est irréprochablement mise en pratique. Malheureusement, pour certains autres (qui sont plus nombreux qu’on pourrait le croire), citer ses sources est encore vu comme une simple suggestion sur laquelle on manque cruellement de rigueur.

La peur de la compétition

Je suppose que certains richissimes hommes d’affaires me diraient que je n’ai pas l’étoffe d’une entrepreneure. Je ne suis pas du type à piétiner la compétition délibérément. Bien que je sais qu’on préfère généralement ne pas faire la promotion de compétiteurs, j’ai bien du mal à comprendre pourquoi… sur le Web en tout cas.

Parmi les raisons pouvant «expliquer» l’omission des crédits et des sources, on note la paresse (tout simplement), le manque de rigueur intellectuelle et la crainte que le public délaisse notre plateforme pour celle d’un autre. En effet, si les producteurs de contenu Web vivent grâce au nombre de pages vues sur leur site, mentionner une source extérieure sous-entend que l’information est sortie ailleurs en premier, ou bien qu’elle est tout simplement plus complète sur un site compétiteur. Dans de telles circonstances, citer ses sources, c’est admettre son infériorité.

Ceci dit, les plus grands chercheurs de ce monde sont déontologiquement forcés de citer leurs sources et personne n’en déduit qu’ils sont moins bons ou pertinents pour autant. Au contraire, cela démontre juste qu’ils sont plus rigoureux dans leurs études et qu’ils acceptent le simple fait qu’ils ne savent pas tout.

Sur le Web, vous pouvez soit a) ne pas citer vos sources du tout, b) les citer en format texte tout simplement ou c) les citer en ajoutant un hyperlien qui mène au contenu original lorsqu’il est disponible en ligne.

De manière générale, si vous consultez un site qui ne cite jamais de sources, je vous invite à vous poser de sérieuses questions. D’une part, le contenu qui y est rapporté n’est peut-être pas très fiable et, d’autre part, il est probable que le site en question ait des principes éthiques douteux (pour ne pas dire pas de principe éthique du tout).

Citer ses sources en format texte seulement est une option plus viable pour ceux qui cherchent à éviter à tout prix d’envoyer du trafic ailleurs. Disons simplement que c’est mieux que rien…

Finalement, citer ses sources en plaçant un hyperlien, mentionner le nom d’un auteur et inviter concrètement à aller lire un autre texte que le sien démontre une volonté de transmettre une information complète, en plus de prouver que vous avez à cœur d’assouvir la curiosité de vos lecteurs. Notez également que l’être humain est une créature fondamentalement paresseuse qui risque fort de ne même pas cliquer sur le lien en question… Voilà qui devrait rassurer les plus compétitifs!

Crédit photo et autres créations artistiques

Depuis que l’avènement du Web et des réseaux sociaux, l’une des problématiques les plus régulièrement soulevées est celle du droit d’auteur. D’innombrables études ont été faites pour vérifier si le streaming et la distribution illégale de musique en ligne nuisent aux ventes de l’industrie du disque (à ce qu’il paraît, ce n’est pas tout à fait le cas), mais on parle beaucoup moins souvent du droit d’auteur lorsqu’il s’agit de création visuelle.

Tout le monde sait que la vie d’artiste est difficile financièrement et, pourtant, le Web pullule de publications photos illégales, car oui, c’est illégal de publier des créations visuelles qui ne soient pas de vous ou pour lesquelles l’auteur n’a pas donné son accord explicite. Évidemment, il existe plusieurs sources où trouver des visuels libres de droits, mais tout le monde devrait se faire un devoir d’indiquer clairement le nom du créateur d’un visuel et la source de l’image en question… ne serait-ce que pour envoyer deux ou trois visites de leur côté.

L’hyperlien, ou la source qui rapporte

Sachez que depuis sa création, Internet est un média collectif qui tire sa force dans la multiplicité de ses sources et des individus qui l’enrichissent avec du contenu original. Encore aujourd’hui, il est de bon ton de tenir compte de l’autre dans sa pratique Web et de participer à l’essor des créateurs de contenu. Communiquer, commenter, aimer le contenu d’étrangers sont des pratiques qui vous rapporteront gros sur le Web et les réseaux sociaux. Non seulement on vous considérera comme un membre actif de la communauté, mais on s’intéressera forcément plus à ce que vous produisez. Qui sait si un simple crédit photo ne vous attirera pas des collaborations ou des visites dans un avenir rapproché.

Par ailleurs, placer un hyperlien vers une plateforme extérieure à la vôtre est une pratique saine à entretenir sur vos pages Facebook (l’algorithme aime bien les pages qui ne sont pas trop nombrilistes) et sur votre blogue ou votre site Web (Google vous percevra comme une source plus fiable). À noter que c’est sensiblement la même chose sur l’ensemble des réseaux sociaux.

Si le simple fait de donner à César ce qui revient à César ne vous remplit pas de l’unique satisfaction du travail bien fait, sachez que citer vos sources et donner les crédits de ce que vous publiez en ligne est une pratique qui peut vous rapporter à court, moyen et long terme. Bref, si vous ne le faites pas pour eux (ce serait quand même gentil), faites-le pour vous!

Sources : Time magazineWikipédiaThe Guardian

Crédit photo : Tim Goedhart, Unsplash

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.